L’ostéopathie et ses rituels de guérison

 

 

(Paru dans la revue SCIENCES PSY, No 5 – Décembre 2015 – Trimestriel ; Dossier : Qu’est-ce qui guérit ? L’effet placebo… pp 94-7)

 

Rencontre avec Alexis Manescau

 

L’ostéopathie : une pratique, mais également une manière de pratiquer et de faire. C’est le contact physique du toucher et des manipulations, l’approche de l’individu, l’écoute… En ce sens se pose la question de savoir ce qui est réellement en jeu dans cette médecine. La connaissance du corps telle qu’enseignée suffit-t-elle à décrire ce qui se passe lors d’une séance ? Le toucher ne répond-t-il qu’à une seule logique scientifique ?

 

Abstract:

 

Osteopathy and healing ritual

 

Osteopathy is based on a holistic view of the human being. Its osteoarticular technique is thus combined to a more global a more global approach of the patient, dealing with both the psyche as the soma. The scientific legitimacy of osteopathy might be questioned in terms of the criteria of the evidence-based medicine. One of the reasons is the important part of psychosocial phenomena, such as empathy, positive attitudes, persuasion, sugestion, believes or touch. Rhetorical strategies play thus a crucial role in osteopathy. It invites us to consider those placebo effects as part of this practice.

Keywords: osteopathy, healing ritual, holistic, rhetorical strategies, body, touch, language.

 

Oser penser l’effet placebo

 

La question de l’effet placebo est très peu évoquée au cours des études ostéopathiques, comme si le sujet n’était que peu approfondi, voire ne tenait pas trop à l’être. Reconnaître une place pour celui-ci ne reviendrait-il pas en effet à remettre en cause la pratique ostéopathique ou à la décrédibiliser ? Et pourtant, l’art de l’ostéopathie tient, outre sa pratique de manipulation, à un certain nombre de facteurs (de même que pour toute approche thérapeutique), notamment mais non uniquement psychologiques, qui ont toute leur importance.

Une raison principale à cela : l’ostéopathie a une vision holistique de l’homme et de cette globalité découle nécessairement une compréhension mais aussi une approche bien spécifiques. Dans les grands principes régissant cette pratique sont en effet posés qu’il existe une unité fonctionnelle, autrement dit que l’ensemble des parties de notre corps s’influencent et que nos fonctions corporelles sont interdépendantes. L’étymologie du terme ostéopathie, « souffrance des os » ne révèle donc pas ses véritables enjeux et finalité qui débordent bien une simple manipulation osseuse. L’évaluation d’un patient ne se limite point à la simple zone souffrante en termes de toucher, mais consiste bien à découvrir les tensions ou blocages qui jouent sur l’état de la personne de manière globale.

Oser se demander où se situe l’effet placebo dans l’ostéopathie est bien plus en ce sens une démarche de dévoilement que de condamnation, de prise de conscience constructive que de rejet.

 

Mots-clefs : ostéopathie, rituels de guérison, palpation, holistique, persuasion rhétorique, corps, langage.